La genèse de L’A310

Genèse d’un nouveau modèle dans l’histoire de la marque Alpine Renault : l’Alpine A310…

Forte de sa renommée acquise en compétition avec la berlinette Tour de France et ses versions dérivées A106, A108, A110, héritières de la « 4 CV spéciale » de Jean Rédélé, la marque ALPINE se devait de répondre aux évolutions du marché automobile européen en terme de grand tourisme, à la fin des années 1960.
Cette attente légitime du marché, l’envie d’avoir une nouvelle 2+2 au catalogue et la construction de la nouvelle usine avenue de Breauté, incitent Jean Rédélé et son équipe à la gestation de cette nouvelle grand tourisme.
Dirigée par Jean Rédélé, père fondateur de la marque ALPINE , une équipe restreinte est constituée de Michel Belligond, de Roger Prieur et d’Yves Legal, jeune designer récemment embauché à Dieppe. Les premières esquisses furent arrêtées dès septembre 1968 et une maquette au 1/5ème fut fabriquée.
La légende de la création de ce modèle veut que tous les travaux initiaux se soient déroulés dans la cuisine de l’appartement Dieppois de Jean Rédélé : on ne pouvait rêver de meilleur endroit pour un bureau d’études discret aux résultats que l’on connut par la suite !

Un cahier des charges simple mais efficace, « pure et simple » pour reprendre une publicité de l’A310, une dizaine d’années plus tard :

  • Un coupé 2+2
  • Un empattement court, groupe motopropulseur arrière1600cc de 125ch din, éprouvé venant de chez Renault (R12 Gordini) en attendant plus gros(un V8 qui ne fut que V6…crise du pétrole oblige), dans le domaine du savoir-faire maison, châssis-poutre scellé à une coque polyester dans la tradition de sa prestigieuse devancière, la berlinette.
  • Un rapport poids / puissance la plaçant dans le pré carré des plus de 210 km/h
  • Une tenue de route neutre rappelant celle d’une Formule 3… routière ici …
  • Et surtout un dessin qui restera dans les annales…

Elle ne s’appela pas « Vector », ni « Charengo », ni « CX » mais garda son nom de dossier : A310, dans la lignée de la marque.
Peugeot avait lancé sa 504 coupé et cabriolet dès 1969, dessinée par Pininfarina. La Citroën SM, motorisée en V6 Maserati, était apparue le 11 Mars 1970 au salon de Genève…
Un an plus tard, jour pour jour, le 11 Mars 1971, l’Alpine A310 fut ainsi lancée lors du salon de Genève, elle, une grand tourisme 100% (sang pour sang aussi !!!) Française !!!
Son premier exemplaire, prototype roulant, attira bien des regards, reçut même les compliments de certains industriels italiens de la discipline, Alessandro de Tomaso en l’occurrence.
Son style est représentatif de ce style « pop art », emblématique de ce début de la décennie 70 : face et profil en forme de flèche, lignes tendues avec quelques formes rondes, découpe de glaces à l’identique des GT italiennes du moment, une poupe ornée de cette persienne noire, clin d’œil à la fantastique «Lamborghini Miura » (refusée par l’administration des mines en France mais validée à l’export) et à la proue, une impressionnante et puissante batterie de 6 phares sous une grande verrière aérodynamique, résultant d’une étude des Etablissements CIBIE …..
Un regard dévastateur, un corps singulier et envoûtant, au coefficient de pénétration dans l’air record !
Pour compléter cette œuvre rare, il faut ajouter la palette de teintes, très « seventies », disponibles sur le nuancier « jaune vanille, orange Acropolis, rouge corail, aubergine, gris Montebello, vert tilleul ou vert Véronèse », sans oublier le mythique bleu Alpine. De quoi rappeler les teintes de Vasarely, peintre en vogue à ce moment-là, mais également créateur du nouveau losange Renault en 1972 .

Un coupé français aux origines bien Latines… Une nuance de classicisme automobile avant-gardiste quelque part, qui fait encore, aujourd’hui, bien tourner des têtes à son passage.
Les premiers exemplaires furent livrés dès septembre 1971 dans une première version « atmo » A310 1600 VE, équipée de ses 2 carburateurs Weber double corps au prix de 44800 francs, relayée dès le printemps 1973 par la version 1600 VF « injection électronique » équipée du système Djectronic Bosch pour faire face aux nouvelles normes antipollution (déjà !), qui équipa même nos gendarmes des brigades autoroutières en 1974.

En 1975, une ultime version 1600 VG fut élaborée à la demande de Monsieur Bernard Pierrangeli, avec le groupe motopropulseur issu de la Renault 16 TX, version moins puissante (95ch DIN) mais plus économique. C’était une réponse, aux lendemains de la première crise du pétrole de 1973/1974, la première voiture à consommer 4,9 l/100kms à 90 km/h norme UTAC. Un record de sobriété à l’époque ! A noter qu’un prototype unique 1600 VG avec boite automatique fut élaboré, joie immense d’un collectionneur avisé aujourd’hui.

A ces versions 4 cylindres, il faut ajouter les versions de rallye «1800 VC » produites par l’usine à une dizaine d’exemplaires qui coururent dans les principales épreuves en Europe et en Afrique. De nombreux pilotes aux noms bien connus la conduirent à l’époque : Michèle Mouton, Jean Pierre Nicolas, Jean Ragnotti, Bruno Saby… sans oublier Jean Luc Thérier qui testa une première version rallye lors des essais de la Ronde Cévenole (1974), au moteur mis au point par un certain Bernard Dudot. Jean Pierre Beltoise fut champion de France de rallycross en 1979 avec la version « Polytechnic » d’une A310 4cylindres. Plus de trente ans après, en 2007, Jean Charles Rédélé, fils du fondateur de notre marque préférée, remporta le Championnat de France de Rallye VHC avec sa 1800VC, voiture à l’énorme potentiel bien reconnu… Beau clin d ‘œil à l’histoire. Aujourd’hui, de nombreux pilotes l’utilisent encore dans les plateaux VHC avec de belles réussites, et surtout un grand plaisir de conduite, au grand régal des spectateurs !

Ces 2348 exemplaires de l’A310 1600 appelée communément « 4 cylindres », tombés de chaîne à Dieppe jusqu’à la mi-1976, exportés jusqu’à 50% de la production, passèrent, en septembre de cette année, le relais à la version A310 V6 qui fut produite à 9276 unités avec le succès estimable que l’on connaît, jusqu’au milieu de l’année 1985…
L’A310 produite alors dans sa version « 4 cylindres » aura même connu de son vivant industriel en 1973, la joie immense de la première victoire d’une marque automobile au 1er Championnat du Monde des Rallyes officiel grâce à sa grande sœur, la redoutable « berlinette A110 » ainsi que plus tard, en version «  V6 », la victoire aux « 24 heures du Mans 1978 » avec la fameuse Alpine A442 b,conduite par Didier Pironi et Jean Pierre Jaussaud. Un joli signe du destin pour cette fantastique « machine à rouler » qu’elle demeure dans le temps…
Le style des nouvelles versions GTA et A610 produites jusqu’en 1995, fut la continuité logique du style précurseur et avant-gardiste imposé par l’A310 dès sa conception près de 30 ans avant …

Le coup de crayon génial de ses géniteurs aura permis d’assurer une lignée de coupés grand tourisme pendant toute cette période. Encore aujourd’hui, devant l’aura de cette marque, appartenant à la riche Histoire Automobile de France, « ALPINE » évoque toujours la performance dans les rallyes Alpins, comme l’avait voulu son Père, le Père spirituel des passionnés de cette marque Automobile que nous sommes : Jean Rédélé.

L’Amicale Alpine A310 4 cylindres se veut être, depuis sa création en 2000, le rassemblement de tous les amoureux de cette voiture. Certains les conservent en excellent état, d’autres les restaurent totalement. Des séries de pièces introuvables ont été refaites par l’Amicale dans ce même objectif de conservation de ce patrimoine automobile.
Des évènements annuels comme la célébration du 40ème anniversaire en 2011 célèbreront notre fabuleux vaisseau roulant !

Ceux qui ont eu la joie intense de la posséder ou même de la conduire, bercés par le ronronnement de ses moteurs caractéristiques et le feulement sourd allant crescendo rauque de son échappement « Devil », avec sa tenue de route éprouvée, avalant courbes et lacets dans une fidélité irréprochable, se reconnaîtront dans notre Amicale. Ceux qui auraient l’envie de se laisser tenter par cette charmante automobile, à s’installer bien calé dans son poste de pilotage, n’auront plus alors qu’à nous rejoindre.

L’Alpine A310 reste un symbole « icône automobile Français » de cette période de fin des trente glorieuses, expression esthétique automobile de ce qui pouvait se faire de mieux dans notre hexagone.

Propriétaires de cette voiture, n’hésitez pas à rejoindre notre groupe de Passionnés !
Alors « bonne route » en A310 1600 sur le site de l ‘Amicale Alpine A310 4 cylindres !

François Kirscher
Actuel Président de l’Amicale A310 4 cylindres
Juin 2010